Biodiversité et pollution lumineuse

Introduction : 

Depuis le début de la pandémie du Coronavirus, Covid-19, on ne parle autour du monde que de ses répercussions sur la santé humaine et sur l’économie des pays. Cependant, la faune sauvage reste dramatiquement absente de ces discours et les impacts du confinement ne sont que peu voire nullement évoqués. L’augmentation de la présence des citoyens dans leur logement en raison du confinement peut paraître anodine mais les répercussions sont multiples sur l’environnement et sur les diverses espèces animales. 

Dans cet article nous allons évoquer un des enjeux lié à notre présence accrue à notre domicile : la pollution lumineuse due à nos éclairages anthropiques (liés à la présence humaine). Ces conséquences sont plus marquées en hiver avec un raccourcissement des jours qui nous amène à allumer nos lumières plus tôt dans la journée. 

Nous essayerons de définir ce qu’est la pollution lumineuse et comment elle impacte la faune qui nous entoure, tout en proposant des solutions pour diminuer notre impact quotidien sur notre environnement fragile. 

Qu’est-ce que la pollution lumineuse ?

Définition de l’Union Astronomique Internationale (UAI) :

« Si la luminosité artificielle propagée dans le ciel nocturne est supérieure à plus de 10% de la luminosité naturelle, alors il y a pollution lumineuse ». 

On distingue :

  • La pollution lumineuse astronomique : qui peut masquer les étoiles. 
  • La pollution lumineuse écologique : celle qui peut impacter le rythme nycthéméral (alternance jour/nuit sur 24h). 

Un peu de physiologie … la nuit, une glande du cerveau appelée glande pinéale sécrète une hormone, la mélatonine. Cette dernière est à l’origine de la régulation des rythmes biologiques, des comportements et des fonctions physiologiques. Elle a donc un rôle crucial dans l’équilibre interne des organismes.

Comment impacte-t-elle la faune sauvage ?

En France elle touche 100% de la population et 99% du territoire français. 

Les effets de la lumière artificielle sur la vie sauvage peuvent être :

  • Directs : par action sur la rétine. Chaque espèce perçoit un spectre lumineux différent du notre et leur sensibilité visuelle varie également.
La vision de la faune est souvent très
  • Indirects : la perturbation des rythmes circadiens (cycle biologique qui dure 24h) modifient les cycles biologiques : prédation augmentée, perte d’une ressource alimentaire, mort …
  • Induits : effets indirects des espèces les unes sur les autres ; modifications de l’environnement (végétation) qui entraînent des perturbations écologiques diverses et dont les conséquences sont encore insoupçonnées pour beaucoup.  

Quelques exemples d’impacts selon les espèces : 

  • Les oiseaux ont un spectre lumineux plus large que le nôtre. Les conséquences des lumières artificielles sont multiples, souvent désastreuses et celles objectivées ne représentent qu’une faible part des conséquences potentielles. Les impacts sur les oiseaux migrateurs (se détournent de leur itinéraire, viennent s’écraser dans les vitres…) sont très importants et firent partis des premières conséquences constatées en lien avec la pollution lumineuse. Les rapaces nocturnes pour leur part sont très sensibles à l’intensité lumineuse car leur acuité visuelle est élevée (« éblouissement » aux conséquences diverses).
  • Les mammifères sont facilement éblouis (exemple par les phares d’une voiture), ce qui perturbent énormément leurs activités biologiques. Certaines espèces de chauve-souris comme les grands et petits rhinolophes sont fortement gênées dans leur chasse, car elles fuient la lumière mais celle-ci étant partout présente leur nutrition et leur survie est menacée. D’autres espèces au contraire, comme la Pipistrelle commune, exploitent la concentration des insectes autour des sources lumineuses ce qui peut aboutir à une surexploitation des ressources. Les petits mammifères diminuent leurs activités et leur prise alimentaire. 
  • Les tortues ne retrouvent plus le chemin vers l’océan et meurent de déshydratation ou mangées par un prédateur.
  • Chez les insectes, la lumière artificielle est la seconde cause d’extinction après les pesticides : les papillons de nuit, par exemple le sphinx tête de mort, s’orientent normalement avec la lumière des étoiles ; or les éclairages perturbent leur orientation avec pour conséquence l’épuisement, l’absence de nutrition et la mort dans la majorité des cas. Chez les lucioles, les signaux lumineux de très faible intensité et de faible portée émis par la femelle permettent la rencontre avec le mâle ; or avec la pollution lumineuse ces signaux sont masqués et la reproduction ne peut avoir lieu mettant en péril l’espèce.
  • Les amphibiens (crapauds et grenouilles) deviennent plus vulnérables face aux prédateurs lors de leur migration car ils sont attirés par la lumière. Certains cessent leurs vocalises et deviennent moins sélectifs dans le choix du partenaire, ce qui altère leur reproduction.
  • Impacts sur la flore : il ne faut pas oublier que les plantes, terrestres ou aquatiques, réalisent la photosynthèse et que leur horloge biologique est aussi impactée par la lumière artificielle. 

Pour résumer, la pollution lumineuse impacte :

Il faut savoir que cette pollution lumineuse impacte également les citadins au quotidien (dépressions, insomnie, maladies cardiovasculaires, cancers …).

Que dit la loi ?

La Loi pour la reconquête de la biodiversité du 8 août 2016

Elle modifie les articles L371-1 à L371-6 du Code de l’Environnement, Titre VII intitulé « Trame verte et trame bleue ». L’ensemble des dispositions législatives et réglementaires associées à ces articles visent à réduire la fragmentation des écosystèmes, créer des corridors écologiques afin de favoriser les échanges entre populations et préserver la diversité génétique des espèces. 
On entend également parler de « trame noire » préconisée dans les schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE). Cette notion visant à protéger les espèces nocturnes, avec les mêmes enjeux que la trame verte et la trame bleue, a été introduite après avoir constaté les conséquences de la pollution lumineuse et la nécessité de la prendre en compte pour une conservation de la biodiversité. 

Article 41 de la loi du 3 août 2009 dite Grenelle 1

« Les émissions de lumière artificielle de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore, aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne feront l’objet de mesures de prévention, suppression ou de limitation. » 

Arrêté du 25 janvier 2013

Limiter les nuisances lumineuses et les consommations d’énergie en lien avec l’éclairage nocturne des bâtiments non résidentiels.

Comment pouvez-vous aider à réduire cette pollution lumineuse ?

  • Lorsque vous allumez les lumières et qu’il fait noir dehors fermez vos volets pour diminuer la quantité de lumière qui filtre à l’extérieur ou mettez des rideaux !
  • Si vous sortez en extérieur de nuit avec une lumière, privilégier les lumières focales qui ne diffusent pas trop ou respecter l’obscurité naturelle si vous le pouvez, cela vous permettra de faire des rencontres insolites en sollicitant vos autres sens que la vue !
  • Ne pas mettre des ampoules qui émettent des ultra-violets et piègent les insectes
  • Éteignez vos lumières extérieures dès le crépuscule.

Comment les communes peuvent aider ?

  • Diminuer le temps d’éclairage : éteindre les éclairages publics en fin de soirée, éteindre les bureaux, les devantures de magasins.
  • Ne pas mettre des ampoules qui émettent des ultra-violets et piègent les insectes : privilégier des lampes à vapeur de sodium haute pression (pour les préserver les insectes) et basse pression (pour les papillons de nuit)
  • Favoriser des éclairages plutôt monochromatiques (spectre lumineux plus faible).
  • Mettre des lampadaires qui dirigent la lumière vers le bas pour limiter la zone exposée et qui canalisent au maximum le faisceau lumineux. 
  • Mettre des réflecteurs sur l’éclairage public pour minimiser leur visibilité.
  • Éviter les façades de bâtiments ou les sols réfléchissants.

Les efforts de réduction de la pollution lumineuse sont à concentrer à l’aube et au crépuscule, car ce sont les moments où les espèces ont une activité naturelle importante !

Conclusion : 

Ainsi, nous espérons vous avoir donné quelques clés pour diminuer au mieux votre impact sur l’environnement au cours de votre confinement !

 « Se donner du mal pour les petites choses, c’est parvenir aux grandes, avec le temps.» Samuel Beckett

Annexes: 

Bibliographie:

Chiffres clés de l’énergie, Édition 2019, Septembre 2019, DATALAB, Ministère de la transition écologique et solidaire

L’impact de la pollution lumineuse sur la faune, Marc Théry, MNHN, Département d’écologie et de gestion de la biodiversité.

Pollution lumineuse et biodiversité, Préfecture de l’Eure et la Direction départementale des territoires et de la mer

Impact de la pollution lumineuse sur le domaine du vivant, Thomas le Tallec, CNRS/MNHN, Cité des Sciences-Séminaire pour la protection du ciel et de la biodiversité nocturne. 

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